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SATANG

The rooster, a seemingly ordinary presence in rural landscapes and dusty alleyways, reveals a complex symbolic world upon closer inspection. Rooted in our collective imagination, it has long embodied universal archetypes: guardian of the land, herald of the dawn, and an emblem of virility.

Yet, in certain cultures, the rooster is more than a symbol; it is a protagonist in rituals where honor, memory, and the invisible intersect.

Satang, meaning “the ring” in Indonesian, refers to the circular arena of cockfights. But it also designates a broader symbolic space: a ritual perimeter, a mirror of social dynamics, and a coded stage of masculinity.

This photographic series was born from travels across Indonesia, in communities where the rooster is not merely an animal, but a vessel of belief and a measure of status. In sacred Hindu-Balinese ceremonies, the spilling of blood is believed to appease ancestral spirits and maintain cosmic balance. However, in clandestine fights held in private homes and hidden corners of the countryside, these gestures are stripped of spiritual context. What remains is pure tension, spectacle, and control.

Though officially banned since 1981, these fights persist in the shadows. Roosters are armed with sharpened blades, their spurs prepared only on full moons or eclipses, hidden from the sight of women. The satang is an all-male domain. A place of raw excitement, betting, and posturing. It is no longer a ritual. It is performance: brutal, coded, and magnetic.

Here, violence becomes a language. The rooster is not neutral; it is a projection. Through the animal, men act out what they cannot speak: dominance, rivalry, fear of failure, and the longing for recognition. The arena becomes a mirror in which masculinity performs itself.

Satang is a visual inquiry into a world of gazes, bodies, silences, and tension. It seeks not to explain, but to evoke the unseen: the hands that grip the animal, the suspended breath before the clash, and the aftermath.

The images are raw, ambiguous, and intentionally unresolved. Some are blurred, others direct. Some speak of solitude, others of a ritualized intimacy between man and beast. Together, they draw a fragmented yet coherent narrative where men and animals cohabit a charged, symbolic stage.

This series confronts us: Why does this circle endure? What draws us to the performance of violence? Where do ritual, culture, and spectacle begin to blur?

In the flutter of wings and the glint of blades, we glimpse not only tradition or cruelty but something more elusive: a choreography of instincts, a remnant of forgotten codes, and a stage where men confront themselves through another.

Within the satang, the rooster is no longer a creature. It is a reflection. A mirror of men.


Le coq, présence apparemment banale des paysages ruraux et des ruelles poussiéreuses, dévoile, à y regarder de plus près, un monde symbolique complexe. Ancré dans notre imaginaire collectif, il incarne depuis toujours des archétypes universels : gardien de la terre, annonciateur de l'aube et emblème de virilité.

Pourtant, dans certaines cultures, le coq est bien plus qu'un symbole; il devient le protagoniste de rituels où s’entrecroisent l’honneur, la mémoire et l’invisible.

Satang, qui signifie “le cercle” en indonésien, désigne l'arène des combats de coqs. Mais ce terme définit aussi un espace symbolique plus vaste: périmètre rituel, miroir des dynamiques sociales et théâtre codifié de la masculinité.

Cette série photographique est née de voyages à travers l'Indonésie, au sein de communautés où le coq n'est plus seulement un animal, mais un réceptacle de croyances et un marqueur de statut social. Dans les cérémonies sacrées hindou-balinaises, l’effusion de sang est censée apaiser les esprits ancestraux et maintenir l'équilibre cosmique. Toutefois, dans les combats clandestins organisés chez des particuliers ou dans les recoins reculés des campagnes, ces gestes se voient dépouillés de leur contexte spirituel. Ne restent alors que tension pure, spectacle et maîtrise.

Bien qu'officiellement interdits depuis 1981, ces combats perdurent dans l'ombre. Les coqs sont armés de lames acérées, leurs ergots préparés uniquement lors des pleines lunes ou des éclipses, à l'abri du regard des femmes. Le satang est un domaine exclusivement masculin: un lieu d'excitation brute, de paris et de postures. Ce n'est plus un rituel. C'est une performance brutale, codifiée et magnétique.

Ici, la violence devient langage. Le coq n'est pas neutre, il est une projection. À travers l'animal, les hommes mettent en acte l'indicible: la domination, la rivalité, la peur de l'échec et la soif de reconnaissance. L'arène devient un miroir où la masculinité se met en scène.

Satang est une exploration visuelle d'un monde fait de regards, de corps, de silences et de tension. Elle ne cherche pas à expliquer, mais à évoquer l'invisible: les mains qui agrippent l'animal, le souffle suspendu avant l'assaut, et l'après-coup.

Les images sont brutes, ambiguës, volontairement irrésolues. Certaines sont floues, d'autres frontales. Certaines parlent de solitude, d'autres d'une intimité ritualisée entre l'homme et la bête. Ensemble, elles tissent un récit fragmenté mais cohérent, où hommes et animaux cohabitent sur une scène chargée de symboles.

Cette série nous interroge: Pourquoi ce cercle perdure-t-il ? Qu'est-ce qui nous attire dans la mise en scène de la violence ? À quel moment rituel, culture et spectacle commencent-ils à se confondre ?

Dans le froissement des ailes et l'éclat des lames, on entrevoit au-delà de la tradition ou de la cruauté quelque chose de plus insaisissable: une chorégraphie d’instincts, un vestige de codes oubliés, une scène où l’homme se confronte à lui-même à travers l’autre.

Au sein du satang, le coq n’est plus une créature. C'est un reflet. Un miroir des hommes.

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